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Le Tunnel du Mont Blanc est situé en vallée de Chamonix, à 1274 m d’altitude sous le versant nord de l’aiguille du midi. Parmi les risques liés à la montagne et particulièrement dans le massif du Mont Blanc, il en est un qui pèse notamment en hiver. Il s’agit du risque lié aux avalanches sur les derniers lacets de la route nationale RN205 permettant d’accéder à l’entrée française du Tunnel.

Ce risque est intégré au dispositif de sécurité des élus locaux et des équipes d’ATMB.

Il s’agit de déclencher à distance de manière préventive et volontaire de petites coulées de neige et de purger régulièrement les couches fragiles du versant afin de prévenir d’une avalanche de grande ampleur.

Une mission très semblable à celles des stations de ski pour la protection de leurs pistes.

L’équipe d’artificiers d’ATMB travaille en collaboration avec le Tunnel du Mont Blanc – GEIE, Météo France et tous les acteurs locaux de la sécurité : mairie, guides, nivologues.

Six agents sont affectés à cette mission d’artificiers, qu’ils exécutent en plus de leurs missions quotidiennes au sein du centre d’exploitation de Passy-Mont-Blanc.

En hiver, ils veillent l’évolution météorologique, l’état nivologique du site et l’état des installations de déclenchement préventif à distance, directement positionnés sur les couloirs avalancheux.

Tous les membres de cette équipe ont été formée par l’ANENA (Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches) et ont obtenu le certificat de préposé aux tirs option « tir en montagne » et « utilisation de mèche lente ». Ceci leur permet d’intervenir pour le déclenchement préventif d’avalanches. Sang-froid et rigueur sont les maîtres-mots de ces professionnels de la montagne.

Ils réalisent entre 5 et 15 interventions selon les hivers. Celles-ci sont décidées lors de commissions de sécurité en mairie de Chamonix.

Un bulletin quotidien, élaboré avec les prévisions de Météo France, permet de connaître les conditions météorologiques, l’état du manteau neigeux et les risques d’avalanches. Lorsque ce bulletin fait apparaître une situation de risque, une commission des tirs se réunit à Chamonix, rassemblant l’ensemble des acteurs concernés, afin de décider des mesures à prendre.

Ce processus est encadré par une procédure spécifique appelée PIDA : Plan d’Intervention et de Déclenchement d’Avalanches.

Chaque PIDA nécessite une lourde organisation afin de procéder aux tirs en toute sécurité pour les skieurs, randonneurs et usagers de la nature, pour les conducteurs du tunnel mais aussi pour les intervenants. Cette procédure impose notamment une vigie observant le site de déclenchement et la fermeture de l’ouvrage, dans les deux sens de circulation, pour une durée approximative de 45 minutes.

Gazex®, Daisybell® ou charge explosive ? Le PIDA du Tunnel du Mont Blanc peut agir selon trois modes de déclenchement préventif. Ils répondent chacun à des spécificités bien particulières.

Le Gazex®, généralement utilisé pour les tirs préventifs

Les tirs préventifs s’effectuent généralement à distance, grâce à cinq Gazex®. L’explosion d’un mélange gazeux oxygène/propane à l’intérieur d’un exploseur spécifiquement étudié et positionné au départ de la zone à risques provoque l’avalanche. Trois d’entre eux sont installés sur le couloir du Dard, deux sont sur la Creuse.

Relié à un abri centrale-gaz, cet appareil fixe permet un déclenchement à distance de la déflagration. Il dispose d’une réserve de gaz suffisante pour alimenter les tirs sur toute une saison. Ces équipements opérationnels de jour comme de nuit, permettent une limitation de la gêne et un gain de temps qui s’avère précieux pour les artificiers, afin de respecter leurs objectifs de prévention et de sécurité.

Le Daisybell®, héliporté et déclenché via télécommande radio

Dans le cas où des zones d’instabilités se forment et sont identifiées hors des zones couvertes par les Gazex®, le déclenchement s’effectue par hélicoptère via le Daisybell®. Ce dispositif, utilisé si la météo est favorable, permet un ciblage complémentaire aux Gazex®.

Cet appareil, utilise un mélange de gaz hydrogène/oxygène, et fonctionne sur le même principe de souffle issu d’un canon que le Gazex®. Héliporté sur les zones à risque, il est suspendu entre trois et cinq mètres au-dessus du manteau neigeux, puis l’explosion est déclenchée via une télécommande radio par l’artificier présent dans l’hélicoptère.

De la charge explosive pour un déclenchement « fractionné »

Plus puissant que le Daisybell®, suivant la qualité de la neige et le degré d’instabilité, les artificiers peuvent recourir à de la charge explosive, avec un déclenchement « fractionné »

Les charges explosives sont préparées juste avant l’opération de déclenchement et équipées d’une mèche à combustion lente de 1m50 laissant environs 120 secondes pour dégager la zone après largage avant l’explosion. Elles sont chargées dans un hélicoptère habilité à ce genre de transport, dans une caisse prévue à cet effet.

Durant le vol, les artificiers travaillent toujours en binôme, l’un sera chargé du largage tandis que l’autre l’assistera.

Les agents sont responsables de la charge : ils la larguent sur les départs souhaités des avalanches. Le largage s’effectue point par point. Après 3 à 5 charges placées, l’hélicoptère s’éloigne de la zone de tir et vérifie que les explosions se produisent et le résultat obtenu.

Former une équipe d’artificier est un besoin qui trouve son origine suite aux événements de 1983. Cet hiver-là, une importante quantité de neige s’est accumulée sur le massif du Mont-Blanc. Elle s’est spontanément écoulée depuis l’Aiguille du Midi jusqu’à l’entrée du Tunnel du Mont Blanc, y déposant une masse de 800 000 m3 de débris.

Pour prévenir et éviter toute future avalanche, un Plan d’Intervention pour le Déclenchement des Avalanches (PIDA) a été mis en place. Le premier déclenchement préventif s’est déroulé le 14 janvier 1984, mené par des agents de la Direction Départementale de l’Équipement (DDE).

En 2010, l’Etat a intégré la Route Blanche (RN205) au réseau d’ATMB, ce trait d’union entre autoroute et tunnel. Les agents et artificiers de la DDE ont alors été intégrés à ATMB et ont constitué le centre d’exploitation de Passy-Mont-Blanc.